Addendum -
La pensée pérenne
© Yves Borgeaud
Éducateur social, travailleur social en milieu scolaire, essayiste, initiateur des cercles Pré de Vert
Addendum aux premiers exemplaires de La pensée pérenne
! Ces textes complètent des chapitres du livre et sont proposés à titre de précisions ou d'approfondissement.
Lu isolément, ils sont hors contexte et ne reflètent qu'une toute petite partie du raisonnement développé dans l'ouvrage !
Note aux lectrices et lecteurs,
La pensée pérenne est une réflexion en chemin. À l'image du monde qu'elle cherche à comprendre, elle ne peut
prétendre être définitivement achevée.
Cette page rassemble les compléments, précisions et approfondissements apportés aux premières éditions de l'ouvrage. Elle est mise à jour au fil de l'évolution de ma réflexion, des échanges avec les lecteurs et des questions soulevées par l'expérience.
Les textes présentés ici complètent certains passages du livre. Pris isolément, ils ne reflètent qu'une partie du raisonnement développé dans l'ouvrage et doivent être lus dans le contexte plus large de celui-ci.
Si vos lectures suscitent des remarques, des questions ou des désaccords féconds, je les accueillerai avec intérêt. Ces échanges contribuent à faire vivre cette réflexion et m'aident à maintenir ces compléments aussi pertinents et à jour que possible.
Merci pour votre lecture et au plaisir de poursuivre cette réflexion avec vous.
Chapitre 1 – Page 10 – remplacer le passage sur Spinoza :
Spinoza distinguait une connaissance fondée sur l'opinion, une connaissance rationnelle et une
connaissance intuitive. Cette dernière ne désigne pas une intuition spontanée, mais une compréhension
suffisamment intégrée pour transformer la manière même dont le réel est perçu et habité. Sans cette
capacité d’appropriation, le savoir demeure extérieur : il informe, mais n’oriente pas.
L’accumulation du savoir ne garantit donc pas, à elle seule, une plus grande capacité à habiter le réel.
Chapitre 1 - Page 15 remplacer le passage sur Nietzsche :
Lorsqu’il annonce la « mort de Dieu », il révèle l’épuisement d’une représentation devenue incapable
de porter ce qu’elle prétendait exprimer. Comme dans tout changement de paradigme, ce n’est pas
nécessairement ce qui était recherché qui disparaît, mais la forme à travers laquelle on croyait pouvoir
l’atteindre.
Chapitre 4 – Page 49
Juste après : « Plus profondément encore, ce qui la détermine n'est pas seulement ce qu'elle affirme,
mais les conditions qui déterminent ce qu'il lui est possible de formuler. »
Ajouter : Ces conditions ne produisent cependant pas uniquement de la répétition. Elles rendent
également possibles des déplacements, des recompositions et parfois l’émergence de formes nouvelles
de compréhension qui ne se réduisent pas entièrement à ce qui les précède.
Puis cela continue : « Avant même notre naissance, nous héritons... »
Chapitre 6 – Page 76
Juste après : Le travail sur ces loyautés ne consiste pas à …avec des évidences naturelles.
Ajouter : Nous ne regardons jamais ces structures depuis l’extérieur. Toute compréhension demeure
elle-même située dans des cadres qui orientent ce qu’elle permet de voir et ce qui continue à lui
échapper.
Puis cela continue : C’est en rendant perceptibles les fidélités implicites…
Chapitre 8 – Page 110 bas de page
Juste après : Ce qui apparaît alors comme un cadre… la possibilité d’un nouveau déplacement.
Ajouter : La difficulté apparaît lorsque ce mouvement se fige. Les cadres cessent alors d'être perçus
comme des perspectives situées et tendent à être confondus avec la totalité du réel qu'ils ne permettent
pourtant de saisir qu'en partie.
Puis cela continue : Dans ce cas, les idées … au-delà de leur domaine de pertinence.
Chapitre 12 – Page 156
Juste après : Elle propose de dépasser la fragmentation… mêmes critères de validation.
Ajouter : Cette mise en dialogue ne constitue cependant pas une garantie absolue contre les
enfermements. Un groupe peut être transdisciplinaire et néanmoins demeurer prisonnier de
présupposés qu’il partage sans les percevoir. La diversité des perspectives ne protège réellement que
lorsqu’elle s’accompagne d’une ouverture effective à l’altérité, d’une capacité à interroger ses propres
cadres et à accueillir les zones d’ombre révélées par d’autres regards.
Cette qualité de présence, d’écoute et de discernement ne peut être décrétée. Aucun cadre, aucune
méthode ni aucun dispositif ne peuvent la garantir durablement. Ils peuvent seulement en favoriser les
conditions. La vigilance réciproque, exercée dans un esprit de respect et de bienveillance, constitue sans
doute l’une des rares protections possibles contre les mécanismes de fermeture qui tendent
constamment à réapparaître…
Puis cela continue : Dans cette perspective, … un plus grand nombre.
Chapitre 17 - Page 203 avant l’éclairage
Juste après : « La lucidité et l’intégration se nourrissent ainsi …. un nouvel élargissement. »
Ajouter: Nous avons souvent tendance à considérer la raison comme une faculté indépendante des
transformations que nous traversons, comme si elle pouvait s'exercer depuis un point stable, extérieur
aux expériences qui nous constituent. Pourtant, ce qui nous apparaît comme raisonnable ne dépend pas
uniquement de la logique que nous mobilisons. Cela dépend également des conditions à partir
desquelles cette logique s'exerce.
Une personne peut raisonner avec rigueur tout en demeurant organisée autour de certaines peurs, de
certains attachements ou de certaines formes de stabilité intérieure. Lorsque ces équilibres se
transforment, lorsque de nouvelles dimensions deviennent intégrables, ce n'est pas seulement la
perception qui change. Ce qui paraît pertinent, évident ou raisonnable peut également se déplacer.
Ainsi, des raisonnements qui paraissaient parfaitement cohérents peuvent ultérieurement apparaître
limités, non parce qu'ils étaient illogiques, mais parce qu'ils reposaient sur une autre manière d'habiter le
réel. La logique demeure ; ce qui se transforme est le socle à partir duquel elle organise l'expérience.
Les changements de paradigme illustrent ce phénomène à l'échelle collective. Ce qui paraît
raisonnable à une époque peut devenir difficilement concevable à une autre, non parce que la raison
disparaît, mais parce que les conditions affectives, culturelles et existentielles à partir desquelles elle
s'exerçait se sont elles-mêmes transformées.
La raison ne disparaît pas lorsque le regard s'élargit ; elle se réorganise à partir d'un autre niveau
d'intégration du réel.
Lorsque certaines dimensions deviennent perceptibles, ce n’est pas seulement le regard qui s’élargit.
Les critères mêmes à partir desquels nous jugeons, interprétons et orientons notre action peuvent
progressivement se réorganiser.
Chapitre 17 - Page 206 - Modification de l'éclairage « Voir davantage de dimensions »
Remplacer : « La différence ne tient pas nécessairement à l’intelligence de l’une ou à l’erreur de
l’autre. Elle tient à l’étendue de ce qui devient perceptible. »
Par : « La différence ne tient pas nécessairement à l’intelligence de l’une ou à l’erreur de l’autre. Elle
tient aussi aux critères à partir desquels chacune organise ce qui devient significatif, pertinent ou
raisonnable.»
Puis paragraphe suivant, après : …les réduire prématurément.
Ajouter : Cette transformation du regard ne modifie pas seulement notre manière de comprendre les
situations. Elle transforme également notre manière de rencontrer les autres. Lorsqu’une personne agit
d’une manière qui nous blesse, nous déçoit ou nous met en colère, notre réaction spontanée consiste
souvent à juger ses actes à partir de leurs effets immédiats.
Mais à mesure que deviennent visibles les limites, les blessures, les conditionnements ou les
contraintes qui structurent sa manière d’agir, quelque chose peut se déplacer. Ce qui paraissait
incompréhensible devient plus intelligible. La colère ne disparaît pas nécessairement, mais elle cesse
d’être seule. Une autre qualité de regard peut apparaître : la compassion.
Celle-ci ne repose pas sur l’excuse ou la justification. Elle naît d’une compréhension plus profonde
des conditions à partir desquelles l’autre agit. Plus nous percevons les déterminants qui traversent une
situation, plus il devient difficile de réduire une personne à ses seuls comportements.
La compassion pourrait ainsi être comprise comme une forme de compréhension active devenue
relation. Elle témoigne de ce déplacement plus vaste par lequel l’élargissement du regard transforme non
seulement notre rapport aux autres, mais notre manière même d’habiter le réel.
Puis continuer avec la phrase : Elle devient une capacité à demeurer en contact avec…
Chapitre 21 – Page 244 haut de page
Juste après : Une pensée plus large ne cherche pas … que les limites qui lui sont propres.
Ajouter : L’expertise joue à ce titre un rôle essentiel. Elle permet d’accéder à des dimensions du réel
qui demeurent souvent invisibles aux non-spécialistes. Mais elle possède également ses limites : tout
expert observe à partir d’un domaine de validité particulier. Plus une compétence devient élaborée, plus
il peut devenir difficile de percevoir ce qu’elle laisse hors champ. L’enjeu n’est donc pas de relativiser
l’expertise, mais de reconnaître son caractère situé afin de pouvoir l’articuler à d’autres formes de
connaissance.
Puis cela continue : Elle ne cherche pas davantage à unifier … réduire les unes aux autres.
Chapitre 21 – Pages 247-248
Remplacer tout le passage de : Il est possible d’observer ce mouvement de manière très simple….
Jusqu’à : Un espace où la pensée peut respirer.
Par : Ce mouvement peut parfois être observé dans des instants très simples. Une parole, une
situation ou un comportement suscitent une réaction immédiate. Si le jugement est momentanément
suspendu, quelque chose devient visible : non seulement ce qui est perçu, mais la manière dont cela
apparaît. Cet écart ne garantit pas une vision plus juste, mais il ouvre la possibilité d'une relation
différente au réel. Ce mouvement peut prendre forme dans des espaces où différentes manières de
percevoir peuvent coexister sans être immédiatement réduites les unes aux autres. Il ne désigne ni un
lieu particulier ni une méthode à appliquer, mais une qualité de présence permettant à quelque chose de
nouveau d'émerger. Un espace où la pensée peut respirer.
Point de vigilance – Page 259
Ajouter avant « Rien n’est jamais terminé » : Le risque n'est pas uniquement de croire ce qui est
faux. Il est parfois de tenir pour suffisamment compris ce qui ne l'est pas encore.
Remplacer la dernière phrase par : Ce qui s’ouvre ici ne relève donc pas seulement de la
compréhension. Il engage une manière d’habiter le réel, dans laquelle certaines choses cessent d’être
seulement pensées pour devenir progressivement vécues.
© Copyright Yves Borgeaud, 2026 Version du 27 septembre 2026
Yves Borgeaud est éducateur social et essayiste.
Son travail se situe à l'intersection du réel social, des mondes intérieurs et de la pensée complexe.
Auteur de Démocratie à l'ère des mondes disjoints
et de La pensée pérenne.



